Aujourd’hui, tentons ensemble de décortiquer l’art délicat de commencer un roman.
C’est un peu comme peindre la première touche sur une toile vierge. À la fois excitant et intimidant.
Comment choisir les bons mots pour accrocher le lecteur ?
Quelle est la meilleure façon de présenter votre univers, vos personnages, et le ton de votre histoire ?
Ces questions sont cruciales, car le début d’un roman pose les fondations de tout ce qui va suivre.
De l’importance de la première phrase à l’analyse de débuts de romans célèbres, en passant par les conseils pratiques et les erreurs à éviter, nous couvrirons tout ce dont vous avez besoin pour écrire un début qui marque les esprits.
Que vous soyez au tout début de votre parcours d’écriture ou que vous cherchiez à enrichir votre technique, cet article vous apportera des réponses, des exemples concrets et, espérons-le, une bonne dose d’inspiration.
Au sommaire :
- Comment appelle-t-on le début d’un roman ?
- 8 conseils pour bien commencer son roman
- 5 erreurs à éviter au début d’un roman
- Comment écrire la première phrase d’un roman ?
- 10 analyses de débuts de romans célèbres
Comment appelle-t-on le début d’un roman ?
Le début d’un roman s’appelle l’incipit. C’est un terme latin qui signifie littéralement « il commence ».
L’incipit, c’est cette première impression que l’on laisse à nos lecteurs, un peu comme lors d’un premier rendez-vous.
Imaginez que vous invitez quelqu’un à entrer dans votre maison.
L’incipit, c’est votre hall d’entrée. Vous voulez qu’il soit accueillant, intrigant, qu’il donne envie d’explorer la suite.
Dans ma propre aventure d’écriture, j’ai toujours vu l’incipit comme une promesse faite au lecteur : « Viens avec moi, je vais te raconter une histoire qui en vaut la peine.«
Alors, ne sous-estimez jamais la puissance de ces premiers mots.
Ils peuvent être mystérieux, drôles, dramatiques, ou même déroutants, mais ils doivent toujours être captivants.
Dans les lignes qui suivent, je vais partager avec vous quelques astuces pour faire de cet incipit un véritable tremplin vers une aventure inoubliable.

8 conseils pour bien commencer son roman
Voici mes conseils pour bien démarrer votre roman :
- Trouver une accroche puissante
- Établir le ton et l’atmosphère
- Introduire le personnage principal
- Semer des indices sur l’intrigue
- Créer un conflit initial
- Utiliser le décor à votre avantage
- Jouer avec la structure narrative
- Établir une connexion émotionnelle
Trouver une accroche puissante
L’accroche est votre première ligne de contact avec le lecteur.
Elle doit être suffisamment puissante pour capturer l’attention immédiatement.
Pensez à une ouverture qui pose une question intrigante, qui présente un fait surprenant, ou qui plonge le lecteur directement dans l’action.
Par exemple, commencer par un dialogue mystérieux ou une description vivante d’une scène peut éveiller la curiosité.
Dans mes écrits, j’ai souvent utilisé une métaphore forte ou une observation inattendue pour piquer l’intérêt.
Établir le ton et l’atmosphère
Le ton et l’atmosphère sont les fondations émotionnelles de votre histoire. Ils définissent comment le lecteur ressentira l’expérience de lecture.
Pour un thriller, vous pourriez opter pour un ton sombre et une atmosphère tendue.
Pour une comédie, un ton léger et un cadre humoristique sont appropriés.
Rappelez-vous, chaque mot compte pour créer cette première impression.
Pour ma part, j’ai appris à utiliser les détails sensoriels (vue, ouïe, toucher) pour enrichir cette atmosphère dès le début.
Introduire le personnage principal
Le personnage principal est souvent le cœur de votre roman.
Sa présentation initiale doit susciter de l’intérêt ou de l’empathie.
Vous n’avez pas besoin de tout révéler sur lui/elle tout de suite, mais donnez suffisamment d’indices sur sa personnalité, ses défis, ou ses désirs pour que le lecteur veuille en savoir plus.
Une technique que j’utilise souvent est de placer le personnage dans une situation qui révèle quelque chose d’essentiel à son sujet, sans le dire explicitement.
Pour commencer, créez d’abord une fiche personnage.
Semer des indices sur l’intrigue
Le début de votre roman doit donner un avant-goût de l’intrigue sans tout révéler. C’est l’art de la suggestion.
Vous pouvez introduire un mystère, une tension, ou un dilemme que votre personnage principal doit résoudre.
Ces indices servent de crochet pour entraîner le lecteur plus profondément dans l’histoire.
Dans mes nouvelles, j’aime susciter des questions dans l’esprit du lecteur dès les premières pages.
Créer un conflit initial
Un bon roman débute souvent par un conflit, qu’il soit interne ou externe.
Ce conflit ne doit pas nécessairement être grandiose ou dramatique, mais il doit poser un défi au personnage principal.
Cela peut être quelque chose d’aussi simple qu’une décision difficile à prendre ou une rencontre inattendue.
Utiliser le décor à votre avantage
Le cadre de votre histoire peut être un outil puissant pour captiver le lecteur dès le début.
Qu’il s’agisse d’une ville animée, d’une campagne paisible, ou d’un monde fantastique, le décor doit servir à immerger le lecteur dans l’histoire.
Utilisez des descriptions vivantes pour peindre une image mentale, mais veillez à ne pas en faire trop.
Un peu de mystère autour du décor peut aussi susciter la curiosité.
Créez un décor inoubliable grâce au Worldbuilding.
Jouer avec la structure narrative
Parfois, un début non conventionnel peut être très efficace.
Vous pourriez commencer par la fin, utiliser des flashbacks, ou opter pour une narration non linéaire.
Ces techniques peuvent ajouter une dimension intrigante à votre récit.
Cependant, faites attention à ne pas trop compliquer les choses. Le but est d’attirer l’intérêt du lecteur, pas de le confondre.
Établir une connexion émotionnelle
Tenter d’établir une connexion émotionnelle avec le lecteur dès le début est crucial.
Cela peut se faire à travers les émotions du personnage principal, une situation universellement relatable, ou un thème fort qui résonne avec le lecteur.
Les émotions sont un puissant moteur de lecture.
Si vos lecteurs se soucient de ce qui arrive à vos personnages dès les premières pages, ils seront plus enclins à continuer la lecture.

5 erreurs à éviter au début d’un roman
Dans l’enthousiasme de débuter notre roman, on peut facilement tomber dans certains pièges.
Voici quelques erreurs courantes à éviter pour que votre incipit soit aussi brillant que le reste de votre œuvre.
Donner trop d’informations d’un coup
Une erreur fréquente est de submerger le lecteur avec trop d’informations dès les premières pages.
Présenter tous vos personnages, l’historique détaillé de votre monde, ou des explications complexes sur l’intrigue peut être accablant.
Gardez à l’esprit que le début est une invitation à un voyage, pas un manuel d’instructions.
Efforcez-vous de distiller les informations au fur et à mesure, en les intégrant naturellement dans l’histoire.
Commencer sans action ou intrigue
Un début sans mouvement ni intrigue peut donner l’impression que l’histoire stagne.
Vous n’avez pas besoin d’une scène d’action explosive, mais il est important de démarrer avec quelque chose qui met en mouvement l’histoire.
Une tension, un problème, ou même une question intrigante peuvent suffire pour susciter l’intérêt.
Des personnages plats ou stéréotypés
Votre personnage principal est souvent le premier contact du lecteur avec l’histoire.
Si ce personnage est cliché ou manque de profondeur, le lecteur peut perdre son intérêt.
Veillez à présenter des personnages nuancés et intéressants dès le départ.
Même un trait de caractère unique ou une réaction surprenante peut rendre un personnage mémorable.
Ignorer le ton ou l’atmosphère
Ne pas établir clairement le ton ou l’atmosphère de votre roman dès le début peut laisser le lecteur désorienté.
Si votre histoire est une comédie, mais commence de manière trop sérieuse, ou si c’est un drame qui débute trop légèrement, cela peut créer une dissonance.
Assurez-vous que le ton et l’atmosphère sont en accord avec l’histoire que vous voulez raconter.
Utiliser des clichés ou des débuts prévisibles
Faites attention aux débuts clichés comme « Il faisait une nuit sombre et orageuse » ou « Il se réveilla en sursaut« .
Ces ouvertures ont été tellement utilisées qu’elles peuvent sembler paresseuses et manquer d’originalité.
Tentez plutôt de trouver une ouverture unique qui reflète la singularité de votre histoire.

Comment écrire la première phrase d’un roman ?
La première phrase est le joyau dans la couronne de votre incipit, l’étincelle qui allume l’imaginaire du lecteur.
Voici quelques astuces pour la rendre inoubliable :
Faites une entrée en scène marquante
Votre première phrase doit être une entrée en scène remarquable.
Elle doit capturer l’essence de votre histoire ou de votre personnage principal d’une manière unique.
Cela peut être une déclaration audacieuse, une observation poétique, ou un aperçu intrigant dans l’esprit du personnage
Exemple :
« Le jour où Eléonore a découvert le secret de la vieille horloge de son grand-père, la pluie ne cessait de tambouriner contre les carreaux, comme si elle tentait de révéler une vérité cachée depuis des générations.«
Choisissez vos mots avec soin
Chaque mot dans votre première phrase compte. Utilisez un langage qui évoque une image, une émotion, ou une atmosphère.
Les mots doivent couler de manière naturelle, mais aussi posséder une certaine musicalité ou rythme.
Pensez à la première phrase comme à une porte que vos lecteurs doivent vouloir pousser.
Exemple :
« Dans le crépuscule naissant, les ombres des arbres ancestraux dansaient sur les murs de la demeure, chacune racontant une histoire oubliée de temps immémoriaux.«
Provoquez la curiosité
La première phrase doit inciter le lecteur à poser des questions.
Pourquoi le personnage dit-il cela ?
Que signifie cette observation ?
Qu’est-ce qui va suivre ?
Dans mes écrits, j’aime lancer un défi au lecteur, l’inviter à déchiffrer un mystère ou à comprendre une situation complexe.
Exemple :
« Jamais je n’aurais pensé que retrouver une simple lettre perdue sous mon lit me mènerait au cœur d’une conspiration vieille de plusieurs siècles.«
Évitez les généralités
Éloignez-vous des déclarations trop générales ou vagues.
Votre première phrase doit être spécifique et liée à votre histoire. Elle doit donner le ton sans être ennuyeuse ou trop évidente.
Recherchez l’originalité tout en restant pertinent pour le récit.
Exemple :
« Le jour où Léo a décidé de quitter Paris ne ressemblait à aucun autre ; même les pigeons sur la place semblaient savoir qu’une page de sa vie venait de se tourner.«
Faites une promesse
Pensez à votre première phrase comme à une promesse faite au lecteur.
C’est un engagement que votre histoire va être intéressante, émouvante, amusante, ou terrifiante.
Elle doit refléter le voyage sur lequel vous invitez vos lecteurs.
Exemple :
« Cette histoire commence sur une note que beaucoup jugeraient improbable : un chat qui parle, un livre qui révèle l’avenir, et une tempête qui changeait de direction au gré des émotions de Clara.«

10 analyses de débuts de romans célèbres
Décortiquons quelques débuts de romans célèbres pour comprendre comment les auteurs ont réussi à captiver leurs lecteurs dès la première page.
Chaque écrivain utilise des techniques différentes pour écrire le début de son roman.
Que ce soit par une ouverture intrigante, une déclaration audacieuse, ou un prologue qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponses, ces débuts illustrent la puissance d’une première phrase ou d’un premier chapitre bien conçu.
Ils démontrent comment les éléments de l’écriture (le style, le ton, la voix narrative) jouent un rôle crucial dans la création d’une entrée en matière réussie qui attire les lecteurs dans l’univers du roman.
« 1984 » de George Orwell
Le livre s’ouvre sur une phrase devenue iconique : « Il était une froide journée d’avril, et les horloges sonnaient treize heures.«
Dès le début, Orwell nous plonge dans son univers dystopique.
Le chapitre initial ne se contente pas de poser un décor, mais interpelle le lecteur par l’absurdité de « treize heures » qui suggère une réponse à un mystère encore inconnu.
Ce prologue, dans son style direct et frappant, établit immédiatement le ton sombre du texte.
« Orgueil et Préjugés » de Jane Austen
Avec son célèbre début, « Il est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier« , Austen offre une introduction satirique à l’univers de son roman.
Ce début capte l’essence du genre littéraire de l’époque tout en présentant les préoccupations sociales qui seront explorées au cours du livre.
La rédaction est légère et ironique, reflétant le style unique de l’auteur.
« L’Étranger » d’Albert Camus
« L’Étranger » commence par une phrase simple mais puissante : « Aujourd’hui, maman est morte.«
Cette introduction abrupte au texte pose immédiatement des questions et évoque des images fortes dans l’esprit du lecteur.
Camus, dans son style minimaliste, utilise ces premières lignes pour plonger le lecteur dans l’atmosphère énigmatique du roman.
« Le Grand Gatsby » de F. Scott Fitzgerald
Dès les premières lignes, Fitzgerald établit le ton narratif et le thème central de son roman : « Lorsque j’étais plus jeune et plus vulnérable, mon père m’a donné un conseil que je n’ai jamais cessé de retourner dans mon esprit.«
Cette ouverture mène à un prologue qui réfléchit sur les jugements et les préjugés, des éléments clés du roman.
L’écriture ici sert de réponse à la question implicite de savoir comment le narrateur en est arrivé à sa vision actuelle du monde.
« Moby Dick » de Herman Melville
« Appelle-moi Ismaël. » Cette phrase simple et directe de Melville est un exemple magistral de la manière d’introduire un narrateur et de captiver l’attention du lecteur.
L’écriture est directe, mais la question de savoir pourquoi le narrateur choisit ce nom particulier crée immédiatement un mystère.
Le prologue et le premier chapitre de « Moby Dick » posent les bases d’une aventure épique, utilisant des éléments narratifs qui attirent le lecteur dans l’histoire.
« Cent ans de solitude » de Gabriel García Márquez
García Márquez commence son roman par une scène mémorable : « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendía devait se rappeler ce lointain après-midi durant lequel son père l’emmena découvrir la glace.«
Ce prologue crée une curiosité instantanée chez le lecteur.
L’écriture ici est riche en images et en anticipation, mélangeant le passé et le futur, et suscitant des questions sur les événements qui ont mené à ce moment.
« Harry Potter à l’école des sorciers » de J.K. Rowling
Le roman s’ouvre sur une description ordinaire de la famille Dursley, avant de basculer progressivement dans l’extraordinaire.
Rowling utilise un début apparemment banal pour écrire un contraste frappant avec l’univers magique qui sera introduit.
La réponse à la normalité apparente du début se trouve dans les éléments mystérieux qui s’infiltrent progressivement, comme le chat lisant une carte ou les gens en capes.
Cela crée une curiosité et un suspense immédiats chez le lecteur.
« L’Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde » de Robert Louis Stevenson
Stevenson commence son célèbre roman par une promenade tranquille qui tourne au cauchemar, présentant une énigme dès le départ.
Le style d’écriture ici est descriptif et immersif, établissant une atmosphère sombre et mystérieuse.
Le prologue nous introduit dans un monde où les apparences sont trompeuses, et pose les premières pièces du puzzle que le lecteur doit assembler.
« Le Meurtre de Roger Ackroyd » d’Agatha Christie
Christie, maîtresse du roman policier, utilise le premier chapitre pour établir le cadre et les personnages principaux de son histoire.
L’écriture est concise mais riche en détails, plantant le décor d’un village anglais typique tout en semant des indices.
Dès le début, le lecteur est invité à observer attentivement et à chercher des réponses dans les subtilités du texte.
« À la recherche du temps perdu » de Marcel Proust
Proust commence son œuvre monumentale par une exploration intérieure profonde, plongeant le lecteur directement dans le flux de conscience du narrateur.
Cette ouverture est un parfait exemple de la façon dont l’écriture peut être utilisée pour immerger le lecteur dans un univers intime et complexe.
Le prologue sert d’introduction non seulement à l’histoire, mais aussi au style narratif unique de Proust, riche en éléments introspectifs et en images poétiques.



